Nos ânes économistes modernes se prosternent bien bas lorsqu’ils prononcent le mot « marché », source selon eux de toute civilisation et de toutes richesses ainsi que complexe machinerie qu’ils affirment bien sûr être les seuls capables d’expliquer. Il faut de temps en temps les ramener à la réalité en leur rappelant un peu d’histoire.
Le premier grand marché organisé fut sans doute la Route de la Soie, fondée deux siècles avant Jésus-Christ entre la Chine et la Syrie vers l’Occident, et qui vit transiter bien d’autres marchandises précieuses. On pourrait peut-être trouver au Paléolithique des embryons de marchés entre des lieux riches en silex et des peuplades éloignées souhaitant acquérir des armes et outils et payant par quelque troc ou parfois avec des coquillages.
Ce rappel historique nous permet de définir le fonctionnement d’un marché : il nécessite des biens ou matières, soie, ambre, pierres précieuses, épices, sel … esclaves … etc … produits ou extraits en un lieu donné, convoités en un autre lieu, transportés entre ces deux endroits sous la responsabilité d’un négociant qui a généralement financé l’ensemble de l’opération et assure éventuellement le stockage des marchandises.
Je résume : un produit, un producteur, un client, un transporteur, un négociant ; c’est la plupart du temps ce dernier qui prend le risque financier et s’enrichit le plus. Des négociants peuvent s’associer ensemble sur plusieurs opérations pour répartir les risques et on a progressivement inventé des systèmes d’assurances. C’est simple, non ? Eh bien, cela fonctionne encore de la même manière aujourd’hui.
Tout cela paraît bien honnête sans être exempt de catastrophes, naufrages, embuscades, combats, brigandages et arnaques ; la relative loyauté de ce commerce réside dans le fait qu’en échange de toute monnaie, fut-elle de simples coquillages, existait une contrepartie physique, réelle, ou un bien palpable, que l’on peut toucher, peser, mesurer, etc…
Au cours du Moyen-âge, pour accompagner le développement du marché des étoffes, armes et autres objets manufacturés, deux innovations se sont généralisées : les banquiers, issus de grands négociants, et qui finançaient le négoce sans l’organiser directement et les « marchés » au sens de regroupement en un lieu donné des échanges de marchandises ; pour éviter les confusions, on emploiera dans la suite le mot « foire ».
Les assureurs, banquiers spécialisés mutualisant les risques existaient depuis la Babylone antique et, lorsque les marchés devinrent nombreux et lointains, des courtiers firent métier de mettre les négociants et leurs clients en relation mais toutes ces améliorations ne changent rien aux principes de base des marchés.
Il est possible qu’aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, les aléas de pénuries ou de surproduction qui donnaient lieu à autant de « crises » aient fait exploser la spéculation. On n’achetait plus alors un bien pour son utilité ou sa possession, mais pour le revendre plus cher ultérieurement. Les volumes traités posaient aussi problème (dégradations, coût du stockage, etc …) et c’est alors que l’on commença à spéculer sur du virtuel et que vos ancêtres se firent déjà avoir, bien avant vous mais plus modestement … à suivre …
LA VACHE !