DDR a sa tête des mauvais jours : « Je suis quand même revenu te voir mais je n’accepterai pas de parler encore de choses sinistres. – Un peu de patience, et puis ce devrait être un peu plus facile aujourd’hui. – Bon, je t’écoute ! – On a défini ces deux derniers jours un axe horizontal entre les extrêmes Vopo et bobos, il nous faut maintenant définir un axe vertical ; ensuite, on affinera notre vocabulaire.
- Et que mets-tu sur cet axe vertical ? – Tout en haut : les grands chefs à plumes, et tout en bas les indiens, voire les squaws. – Et entre les deux ? – On verra après, on aura d’ici-là précisé la nomenclature ; pour l’instant, on se contente de prendre des points de repère. – Ça ne progresse pas vite, ton affaire. – Tu sais bien qu’on ne peut pas faire un bon exposé sans avoir établi auparavant de solides fondations … mais ce n’est pas le plus amusant.
- Il y aurait donc, par exemple, des grands chefs Vopos ! – Oui, et en dessous des indiens Vopos. – Et à quoi les reconnaît-on ? – Le grand chef Vopo est garant de la doctrine et l’indien Vopo doit la respecter sans hésitation ni murmure – Ça se tient et me rappelle la devise officieuse de l’armée prussienne, bien avant l’existence de la DDR : Maul halten und weiter dienen !
– Fermer sa gueule et continuer à servir, c’est bien ça ; mais on les repère surtout lorsqu’ils sont en conflit : le grand chef Vopo se met en colère et punit, l’indien Vopo est triste. – C’est pour cela que Staline faisait torturer les dissidents, non pour qu’ils avouent ou se repentent, mais pour qu’ils signent des aveux conformes au socialisme avant d’être exécutés. – Et c’est aussi pour cela que les peuples soumis à une dictature idéologique sont tristes …
... Tiens, un jour, un ingénieur français rentrant de Roumanie du temps de Ceausescu m’a raconté que son homologue roumain qui l’avait reçu lui avait dit en le reconduisant à l’aéroport : "Qu’avons-nous fait à Dieu pour être traités de la sorte ?". – Donc, les Français dont toutes les enquêtes nous disent qu’ils n’ont pas le moral sont dans cet état-là !
Pas du tout ! Eux ont peur, c’est tout à fait différent : la France vit actuellement une querelle entre grand chef bobo et indiens bobos ; le grand chef bobo veut être obéi pour lui-même, l’indien bobo veut pouvoir lui faire confiance, voire l’admirer. – Et quand ça va mal ? – Le grand chef bobo se venge et, donc, l’indien bobo a peur.
- Tu n’aurais pas un exemple ? – Si, et tout récent : notre actuel Président s’est vengé d’un visiteur du Salon de l’Agriculture en l’insultant ; s’il avait été un grand chef Vopo, il lui aurait dit quelque chose comme "On ne s’adresse pas de cette façon à un Président", ou même il l’aurait fait embastiller. – Je vois ! Quant au visiteur, il a dû avoir la trouille car on n’a guère entendu parler de lui. – Je crois que tu as presque tout compris. – Dis, tu ne pourrais pas nous faire un dessin ? – Je m’y colle pour demain ou après-demain ! ». Il a l’air de partir un peu rasséréné.
* L’auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
SCHWARZER STIER !