Naguère, beaucoup de dirigeants d’entreprises avaient fait une longue carrière au sein de celles-ci et les connaissaient à fond. Certains, entrés ingénieurs, ont même fait dans leurs débuts des stages dans les ateliers : l’homme que je cite ici a peut-être le dernier président du CNPF qui ait été un véritable patron … lui ont succédé un baron haut fonctionnaire et seulement héritier d’une fortune et une schtroumpfette sympathique mais qui me paraît avoir bien du mal à tenir ses troupes.
« Je suis entré dans la Maison de Wendel en 1961. C’est là que j’ai appris à aimer la sidérurgie et la Lorraine.
Tout de suite, je suis allé passer six mois à Hayange dans les usines. J’ai commencé par le plancher de l’aciérie Thomas de Saint-Jacques, la plus ancienne aciérie de France encore en service. Au bout de deux jours, j’ai demandé au contremaître de m’expliquer comment il choisissait le moment de renverser le convertisseur.
Dans le bruit du soufflage, il m’a décrit la couleur des fumées : ˝ Vous voyez, quand ça devient comme un Pernod bien tassé … ˝ Il s’est arrêté désabusé et m’a dit : ˝ J’ai mis quinze ans à apprendre ça ; vous restez une semaine. Ça ne sert à rien ˝ ».
Jean Gandois, Directeur général de Wendel-Sidélor, Sacilor, Sollac – Préface pour : De Fonte et d’Acier, Armelle Rousseau et alt. - Gérard Klopp Editeur – 1995.
J’ai vu plusieurs fois des entreprises plombées, puis détruites, par des présidents ou directeurs successifs « parachutés » de l’extérieur. Depuis que les hauts fonctionnaires pantouflent sans contrainte, ce qui a parfois été présenté comme un progrès, une nouvelle forme de tourisme managérial s’est propagée.
Le jeu consiste à diriger une entreprise durant une période permettant de faire figurer ce poste sur sa carte de visite, mettons un ou deux ans, puis à se sauver très vite avant que les conséquences de ses erreurs ne soient trop visibles, laissant à un successeur parfois ancien adjoint, parfois homme providentiel ou présenté comme tel, le soin de redresser la situation.
On passe alors dans une autre entreprise, si possible plus prestigieuse et, lorsqu’on a joué les bombes à retardement dans plusieurs endroits, on se met consultant … ou on revient à la politique, de cabinet en commission. Lorsque j’étais petit et que je voulais aller aux cabinets, on me demandait si c’était pour la petite ou la grosse commission, c’est sans doute pour cela que bon nombre d’entreprises, ainsi que nos gouvernements, sentent un peu mauvais.
LA VACHE !