DDR arrive étonné : « - Je crois que tu viens d'écrire un gros mot. - Je sais bien que je suis ringard : à notre époque il n'y a plus d'exigence et c'est chacun pour soi et ramasse tout le fric que tu peux ... - Exactement comme en DDR il y a trente ans : on ne ramassait pas alors le fric, mais les bonnes places dans le parti - Ce qui, compte tenu des avantages qui s'y attachaient, revenait au même. - Les Français sont toujours les meilleurs : non seulement ils ramassent le fric, mais les bonnes places dans le parti, ce qui ramène encore du fric.
- Tu veux sans doute faire allusion aux socialistes ralliés au parti majoritaire ? - Ou à ceux qui sont gardés au chaud avec des jobs bien payés et pas trop exigeants dans de grandes entreprises proches du pouvoir. - Alors, l'exigence n'existe plus, je parle dans le vide ? - Si ça te console d'en parler ... mais tu ne trouveras des exemples que dans le passé. - Tu vois, lorsque j'ai présenté mon permis, l'examinateur m'a dit : « Règle numéro un : on ne cogne pas, même pour une petite touchette ». - Ca ne nous rajeunit pas !
- J'ai aussi fait des formations, avec application en atelier, en qualité totale et zéro défaut. - Ça, c'est comme dans l'ancienne DDR : incompréhensible en France ... du moment que ça roule suffisamment pour quitter l'usine et que la majorité des pièces y sont, la bagnole est OK. - Là, tu es injuste avec nos constructeurs automobiles français ! - Ils n'ont fait que se rapprocher du niveau de qualité des Japonais ; c'est à peu près le seul résultat positif de la mondialisation. - Mais qu'est-ce qui a fait la réussite des Japonais ?
- Tu penses bien qu'à la Stasi, ça nous intéressait et que je les ai pas mal espionnés ... Hé bien, tout simplement l'exigence qui s'appliquait autant aux chefs qu'aux indiens. - Mais ils devaient pourtant faire aussi des défauts. - Oui, mais avec leur politique commerciale et d'après-vente sans concession, si j'ose dire, envers les concessionnaires, ils rattrapaient discrètement les loupés et le client avait l'impression d'avoir acquis une voiture parfaite. - Je me demande pourquoi ça va si mal en France. - C'est comme à la fin des années trente : il y a confusion entre le politique et le monde économique. - Explique-moi ça !
- Dans les années trente, les ingénieurs et chefs de grandes entreprises ont voulu faire la politique du pays ; ça s'est appelé les synarques ou X-Crise. - Je vois : aujourd'hui, les grandes entreprises comme EADS, Areva ou Suez sont dirigées par d'anciens hauts fonctionnaires. - Tu as tout compris : c'est le politique qui envahit l'économie mais ce n'est pas nouveau en France et tu oublies les banquiers. - C'est la même chose mais à l'envers avec le même résultat. - Les ingénieurs d'avant-guerre se croyaient infaillibles et ont multiplié les erreurs politiques. - C'est comme en ex URSS où le patron de Tchernobyl à l'origine de la catastrophe était un politique ... chez nous, aujourd'hui, les hauts fonctionnaires apportent aux entreprises leur culture de l'irresponsabilité, de l'impunité et de l'inamovibilité ... ». Sur ces considérations euphoriques, il est temps de se quitter.
* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
SCHWARZER STIER !