DDR et les gratteurs d'os.

Dimanche 20 juillet 2008

DDR arrive étonné : « - Je crois que tu viens d'écrire un gros mot. - Je sais bien que je suis ringard : à notre époque il n'y a plus d'exigence et c'est chacun pour soi et ramasse tout le fric que tu peux ... - Exactement comme en DDR il y a trente ans : on ne ramassait pas alors le fric, mais les bonnes places dans le parti - Ce qui, compte tenu des avantages qui s'y attachaient, revenait au même. - Les Français sont toujours les meilleurs : non seulement ils ramassent le fric, mais les bonnes places dans le parti, ce qui ramène encore du fric.

 

 - Tu veux sans doute faire allusion aux socialistes ralliés au parti majoritaire ? - Ou à ceux qui sont gardés au chaud avec des jobs bien payés et pas trop exigeants dans de grandes entreprises proches du pouvoir. - Alors, l'exigence n'existe plus, je parle dans le vide ? - Si ça te console d'en parler ... mais tu ne trouveras des exemples que dans le passé. - Tu vois, lorsque j'ai présenté mon permis, l'examinateur m'a dit : « Règle numéro un : on ne cogne pas, même pour une petite touchette ». - Ca ne nous rajeunit pas !

 

 - J'ai aussi fait des formations, avec application en atelier, en qualité totale et zéro défaut. - Ça, c'est comme dans l'ancienne DDR : incompréhensible en France ... du moment que ça roule suffisamment pour quitter l'usine et que la majorité des pièces y sont, la bagnole est OK. - Là, tu es injuste avec nos constructeurs automobiles français ! - Ils n'ont fait que se rapprocher du niveau de qualité des Japonais ; c'est à peu près le seul résultat positif de la mondialisation. - Mais qu'est-ce qui a fait la réussite des Japonais ?

 

 - Tu penses bien qu'à la Stasi, ça nous intéressait et que je les ai pas mal espionnés ... Hé bien, tout simplement l'exigence qui s'appliquait autant aux chefs qu'aux indiens. - Mais ils devaient pourtant faire aussi des défauts. - Oui, mais avec leur politique commerciale et d'après-vente sans concession, si j'ose dire, envers les concessionnaires, ils rattrapaient discrètement les loupés et le client avait l'impression d'avoir acquis une voiture parfaite. - Je me demande pourquoi ça va si mal en France. - C'est comme à la fin des années trente : il y a confusion entre le politique et le monde économique. - Explique-moi ça !

 

 -  Dans les années trente, les ingénieurs et chefs de grandes entreprises ont voulu faire la politique du pays ; ça s'est appelé les synarques ou X-Crise. - Je vois : aujourd'hui, les grandes entreprises comme EADS, Areva ou Suez sont dirigées par d'anciens hauts fonctionnaires.  - Tu as tout compris : c'est le politique qui envahit l'économie mais ce n'est pas nouveau en France et tu oublies les banquiers. - C'est la même chose mais à l'envers avec le même résultat. - Les ingénieurs d'avant-guerre se croyaient infaillibles et ont multiplié les erreurs politiques. - C'est comme en ex URSS où le patron de Tchernobyl à l'origine de la catastrophe était un politique ... chez nous, aujourd'hui, les hauts fonctionnaires apportent aux entreprises leur culture de l'irresponsabilité, de l'impunité et de l'inamovibilité ... ». Sur ces considérations euphoriques, il est temps de se quitter.

 

 * L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Dimanche 29 juin 2008

DDR arrive les sourcils froncés : « - Motivation ! Motivation ! Coup de pied au cul, oui ! - On voit bien le Prussien mâtiné de stalinisme que tu es. - Désolé, mais cela fait près d'un siècle que nous ne connaissons que des situations d'urgence. - D'accord pour les situations d'urgence mais il est préférable de s'y préparer et entraîner plutôt que distribuer des coups de pied au cul au dernier moment. - En fait, la motivation en France, actuellement, c'est le fric.  

 

- Comme frénétiquement dans toute l'Europe, mais le fric n'est pas affaire de compétences au sens où je l'entends, plutôt de la pratique de l'exploitation des autres. - Et je suppose que tu n'as pas ce dernier type d'entraînement en magasin. - Tu as compris, restons-en aux compétences utiles à la société. - Tu es vraiment ringard ! - Ce n'est pas à mon âge qu'on me changera ; on devait parler des motivations. - Allons-y ! - La motivation est en balance avec les craintes. - Quelles craintes ? - Du danger, du changement, de l'inconnu, de l'effort, de la difficulté, de la solitude : ce n'est pas ce qui manque.

 

 - Et les motivations ? - Elles obéissent à la pyramide de Maslow : celui qui a le moins souhaite tout simplement bouffer et dormir sous un toit. - Et celui qui a tout cela peut se permettre de rêver. - Rêver à sa position dans la société, à son "accomplissement". - C'est-à-dire ? - Utiliser toutes les compétences qu'il se sent capable d'acquérir et d'exercer. - Je ne vois pas cela dans la société autour de nous. - C'est qu'elle est organisée pour abrutir les citoyens ! - Tiens, c'est nouveau, ça !

 

 - Pas tellement, l'asservissement des masses à une minorité est aussi ancien que la préhistoire. - Je ne vois pas. - Pourtant, tu as une bonne expérience du marxisme soviétique.  - Ce n'était pas pire que votre ultra libéralisme ! - Je t'accorde que c'est du même niveau. - Je vois mieux : répétition, dirigeants et élites pratiquant la pensée unique du moment traduite en langue de bois, et j'en passe ! - Sans oublier les moyens de masse, journaux, puis radio, puis télévision. - Mais tout cela devrait motiver ! - Oui, au conformisme passif, au troupeau, à l'avalanche d'informations convergentes.

 

 - Pourtant, les enfants sont curieux, créatifs, ils rêvent beaucoup. - Je t'accorde que le rêve est source de motivation, mais même les enfants sont gavés de loisirs et de télévision : ils ne s'ennuient plus, donc ils ne rêvent plus. - Sauf de faire plus tard un boulot bien payé et pas fatigant. - Vigile ou banquier : tu vois qu'on est d'accord ! - Qu'est-ce que ça veut dire, cette baisse du moral des ménages qui sévit en France ? - Que nos élites sont parvenues à convaincre les citoyens que leur sort était inéluctable, qu'ils ne pouvaient plus agir sur leur avenir.

 

 - J'ai vu que tu avais préparé une citation sur "Le choix de la défaite". - Oui, sur la trahison des élites. - Elle n'est ni facile à lire, ni réjouissante. - C'est l'illustration de la difficulté d'acquérir des compétences ... ». Et nous allons lire chacun dans son coin.

 

 * L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Lundi 23 juin 2008

DDR accourt tout guilleret : « - Eduquons, éduquons, comme la lune ! - Fais attention à ce que tu dis, j'ai des enseignants dans ma famille. - Tu reconnaîtras que l'enseignement est le sujet sur lequel les ministres et les médias racontent le plus de conneries. - Les 35 heures, ce n'est pas mal non plus. - Oui, mais ça ne dure pas depuis plus d'un siècle ! - Bon, il ne faut déjà pas confondre éducation et enseignement.

 

 - Où est la différence ? - L'éducation vise la transmission de comportements en provenance du milieu social et l'enseignement est un cursus plus organisé destiné, précisément, à apporter des compétences précises. - Faisons tout de suite une croix sur l'éducation car le milieu social n'est plus constitué que de télé et de loisirs de masse. - C'est pourquoi, comme l'enseignement comporte une part de socialisation, les gouvernements tendent à reporter toute l'éducation sur l'enseignement.

 

 - Pour y voir clair, il faudrait parler d'un ministère de l'enseignement national. - Commençons par dire que l'enseignement a deux facettes complémentaires. - Théorie et pratique ! - Ou connaissances et compétences, on en a déjà parlé. - Les connaissances relèvent de la méthode de travail : tout dépend si l'on veut que la personne formée sache "par cœur" ou soit seulement capable de retrouver la formule dans un document. - Et de combiner les formules, et en général les connaissances. - Et d'en déduire des idées nouvelles ? - Là, il ne faut pas trop rêver, au moins au début d'une formation.

 

 - Revenons au "par cœur", qui relève déjà de l'entraînement, donc de la répétition par des exercices gradués jusqu'à obtenir une compétence certaine, et non une certaine compétence ... - Pour ne pas trop encombrer l'enseignement, il faut à chaque fois se poser la question du muß : ce qui est absolument nécessaire pour agir. - Du soll, ce qui permet de comprendre pourquoi on fait comme cela. - Et du kann, tout ce qu'on peut dire autour du sujet pour ceux que cela intéresse. - On en a déjà parlé, mais que penses-tu de la querelle entre les méthodes analytiques et globales ?

 

 - Les méthodes analytiques, ou encore décomposées, ou syllabiques pour la lecture, sont nécessaires pour "démarrer" ceux qui n'ont encore eu aucun contact avec la compétences recherchées. - Et les méthodes globales pour avancer. - Un bon instructeur d'aviation est obligé de pratiquer une méthode analytique, mais fait du global de temps en temps pour "tâter" les acquisitions de l'élève pilote. - C'est ce que font la plupart des enseignants de CP pour la lecture.

 

 - Pour le pilotage, on pourrait pratiquer la méthode globale avec les jeunes qui débutent à 16 ans et ont toutes leurs capacités "sensitives". - S'ils sont motivés. - Il doit en être de même pour la lecture. - Je crois que toute autre considération est du blabla de ministre ! ». On parlera des motivations demain, et en attendant on se sépare.

 

 * L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Jeudi 19 juin 2008

DDR apparaît, un peu nostalgique : « - Ça me rappelle l'époque où j'avais une bonne copine au Neuesdeutschlandpropagandastaffel de Berlin Est. - C'est un peu comme chez nous, où toutes les journalistes sont maquées avec des hommes politiques. - Bah, pour celles qui ne sont pas dégoûtées de la chose avec des vieux et des mal foutus, c'est une forme de promotion au mérite. - Il y en a au moins une qui est à la colle avec un sportif. - Tu parles, elle aura vite compris et ne va pas tarder à changer sa nuisette d'épaule.

 

- En tout cas, c'est commode pour la diffusion de l'information : briefing pendant que la nana renfile son soutif : "Tu n'oublies pas de dire au 20 heures que je suis le meilleur - Bien sûr, mon chéri, après une pareille nuit ...". - Bon, si on devenait sérieux ! - On n'a pas parlé des journalistes mâles. - Avec eux, c'est simple : ils sont caviarotropes, un petit coup de Dom PérignonTM pour faire passer, et la conférence de rédaction est prête.

 

 - Bon, maintenant qu'on a parlé de l'élaboration de l'information, on peut envisager son utilisation. - Comme je te connais, tu dois avoir un classement. - Bien sûr, il faut déjà repérer les véritables informations. - Dont tu vas nous donner la définition. - Il s'agit de connaissances concrètes et vérifiées, voire recoupées, que l'on ne possédait pas auparavant. - Et tu en trouves ? - Un coup d'œil le matin sur Les Echos, La Tribune et Le Temps, j'ouvre un ou deux articles dans chacun et je sais l'essentiel de l'air ... du temps.

 

 - Tu veux dire le Zeitgeist. - L'esprit du temps, si tu veux, celui que Goethe définissait comme "l'esprit des sommités en qui les temps se reflètent". - Y a-t-il encore des sommités, de notre temps ? - Il y en a au moins qui croient en être ... - Mais ... je croyais que tu étais de gauche ... ce n'est pas le cas des trois journaux que tu m'as cités. - Ils présentent au moins l'intérêt d'être documentés et précis.

 

 - Tu supportes les articles d'opinion de ces publications ? - Il y en a qui m'agacent, mais il faut bien connaître "l'esprit des sommités", pour savoir à quelle sauce on va être mangés. - Et comment définis-tu les journaux de gauche ? - Comme des journaux de droite qui se dissimulent derrière des informations imprécises ou bidonnées. - Et le reste de ton classement ? - Ça se partage entre blablabla, bourrage de crâne et monument de connerie. - Je vois, je ne te demande pas un dessin. - C'est seulement une gradation dans les quantités, le radotage et les superlatifs.

 

 - On a presque fini notre billet, tu as d'autres choses à dire ? - Oui, qu'il faut recouper et vérifier les chiffres, c'est l'intérêt de jeter un coup d'œil sur deux journaux économiques. - Et c'est l'avantage d'Internet. - Attention, j'ai vu il y a quelques jours sur un site Internet qu'un A 380 consomme trois litres de kérosène au kilomètre par passager. - Ben, ça consomme ! - Recoupements et calculs faits, c'est aux cent kilomètres ... - Je vois, il faut en plus réfléchir. - Et se dire qu'il s'agit d'un chiffre théorique pour un avion rempli à 100%, hors roulage, décollage et montée. » Et il est parti réfléchir ailleurs.

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Mardi 17 juin 2008

DDR arrive, sérieux pour une fois : « - Tu sais, dans les services secrets, prendre des habitudes, c'est aller à la mort. - Je sens que tu vas encore me vanter Vladimir Poutine. - Bien sûr, par son expérience, il est capable de passer de Président à Premier Ministre, et sans doute inversement, de féliciter les anciens combattants ex soviétiques bardés de médailles et de se rendre aussitôt après dans une église orthodoxe, et tout ce que tu veux.

 

 - D'accord, c'est un rude métier, mais nous allons parler de choses plus "normales". - Ce que j'ai constaté dans mon beau métier que tu sembles désapprouver, c'est que l'apprentissage de compétences demande toujours un effort. - Oui, et c'est pourquoi, tant qu'on n'aura pas supprimé la télévision pour les petits et les grands, les difficultés de l'éducation ne seront pas résolues. - En fait, toute la vie n'est qu'un long apprentissage. - Qui se fait par un système analogue au feed back.

 

 - On prend conscience du résultat obtenu ... - On réfléchit ... - Et on corrige. - Et on recommence, c'est effectivement fatigant. - Et les compétences de tes grands chefs ? - Ils n'ont pas envie de se casser la tête : ils se fient à leurs habitudes. - En plus, comme ces gars là sont entourés de fayots, ils n'ont pas une bonne perception du résultat obtenu. - Lorsque j'apprenais à piloter, j'ai toujours regretté de ne pas me voir atterrir depuis l'extérieur. - Tu regrettes cette époque. - J'ai appris beaucoup de choses ... en apprenant.

 

 - Quoi de si important ? - Qu'on ne désapprend pas, et qu'il est difficile de "recouvrir" un comportement par un autre. - Raison de plus pour que tes élites radotent. - Ils ne sont quand même pas pires que tes anciens patrons de l'ex DDR. - Ça se vaut, eux fonctionnaient en pilotage automatique avec leur marxisme, les tiens ne marchent que par répétitions, qu'ils appellent "pragmatisme".  - C'est encore pire que ça : ils ont fait l'effort de leur vie pour entrer à Polytechnique, Science Po, HEC ou l'ENA, ensuite, ils vont tourner en roue libre intellectuelle.

 

 - En fait, ce sont des jeunes vieux, qui se lancent pour la vie dans une longue retraite appelée carrière. - C'est un peu ça : tout ce qui est bachotage débouche sur des habitudes sclérosantes. - C'est pour cela que les ministres ont toujours les mêmes réflexes : devant un problème, ils ne savent faire qu'une loi. - Assortie d'un impôt, ou mieux d'un bonus-malus, comme cela devient la mode, tiens, ça me rappelle Xavier Darcos !

 

 - Ah oui, votre Ministre de l'Education Nationale, qui ne sait pas poser une règle de trois. - Au moins, on ne saura pas s'il peut la résoudre ! - Il faut croire que l'Inspection générale de l'Education, c'est comme la culture ... - C'est ce qui reste quand on a tout oublié. - Et il semble en avoir oublié pas mal ... ». Il est temps d'arrêter de dire du mal des autres et de se quitter. Demain : compétences et information, ça va encore être le passe-boule.

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Samedi 14 juin 2008

DDR surgit prêt à la vantardise : « - Tu sais, ceux qui comme moi ont été dans les services secrets ont un tas de compétences.  - Ou de débrouillardise ? - Bon ... donne-moi une définition. - L'étymologie fait venir ce mot du latin competere, qui signifie "convenir à". - C'est-à-dire être adaptable ou encore employable. - Hé ! Pas de langue de bois ! On n'est pas chez la Parisette du MEDEF, qui croit qu'on peut adapter les culs-de-jatte au saut en hauteur !

 

- Il y a pourtant les Jeux paralympiques ! - Oui, mais c'est un sacré boulot d'entraînement ! - Je vois : quand on a un verbe, il faut lui ajouter un complément, ils on dû oublier ça à Paris. - Alors, je te propose : convenir à une action, à une situation. - Une compétence, c'est être capable d'agir dans une situation donnée. - Sans laisser déborder le lait sur le feu, ni casser la machine. - Et qu'est-ce que ça implique ? - D'abord une connaissance de la situation, puis une habileté pour agir.

 

- Et comment acquiers-tu tout cela ? - Les connaissances par l'écoute, l'observation, la lecture, l'habileté par l'entraînement, la répétition des opérations gestuelles ou mentales. - Ton histoire, c'est tout simplement la théorie et la pratique. - On peut y ajouter l'expérience. - Donne-moi des exemples. - Si tu veux apprendre à piloter un avion, il faut d'abord définir l'objectif, par exemple l'incliner. - Ce qui signifie quoi exactement ? - Lui faire effectuer une rotation autour de l'axe longitudinal, ça te paraît assez précis ?

 

 - OK, et comment fais-tu ? - Il te faut d'abord connaître l'outil que tu vas utiliser. - Lequel ? - Le manche à balai qui, lorsque tu l'inclines à droite, lève l'aileron droit et abaisse le gauche. - Il crée donc une force vers le bas à droite et vers le haut à gauche ... - Et l'avion s'incline à droite. - Et si tu voles sur le dos ? - Apprends déjà à piloter normalement, avant même de penser à la voltige. - Bon, mais je suis content : je suis compétent pour piloter l'avion !

 

 - Certainement pas, il faut maintenant que tu t'entraînes, que tu trouves "dans les bras" le dosage de ton effort en fonction de la configuration que tu veux faire prendre à l'avion. - Et après, je pourrai piloter ? - Pas encore, car il y a trois axes sur un avion : l'inclinaison, dont on vient de parler. - Si c'était un bateau, on dirait le roulis. - OK, la pente, autour d'un axe transversal. - Je vois, on pourrait dire le tangage. - Tu commences à bien te représenter le système, et encore la cadence, autour d'un axe vertical. - C'est le bête virage. - Pas si bête que ça, car tu dois combiner les trois axes pour faire un virage correct ... plus les gaz pour ne pas décrocher.

 

 - Arrête là, je suis précisément en train de décrocher, de perdre l'équilibre, de tomber. - Quand tu te seras entraîné quelques heures en double commande, on pourra continuer la théorie. - Je crois que je commence à me représenter ce qu'est une compétence, mais pour les métiers intellectuels ? - On en parlera demain ! ». Et DDR repart la tête en bas dans ses fils électriques.

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Jeudi 12 juin 2008

DDR arrive un peu hagard : « Je ne sais plus où on en est, je ne me rappelle plus d'où on vient et je ne vois pas où on va ! - Voyons, toi qui es capable de t'orienter dans les pires faisceaux de câbles électriques, tu es perdu à ce point ? - D'abord : pourquoi les gratteurs d'os ? - Parce que les progrès à venir seront bien minces, la planète est géographiquement finie, la Lune et Mars ne vont pas nous fournir de ressources avant longtemps, et qu'il n'y a donc beaucoup plus de moelle à déguster pour ceux qui veulent continuer à s'enrichir.

 

 - Il n'y a plus qu'à s'enrichir sur le dos des autres ! - C'est bien ce que je veux dire et j'appelle cela la colonisation intérieure. - Au fond, nous sommes les primitifs de nos grands chefs. - Tu as tout compris : nos élites se conduisent envers nous comme si nous étions de (presque) bons sauvages, ils nous font de la pédagogie, nous enjoignent de voter OUI, et prennent les décisions à notre place.

 

 - Moi, je n'ai jamais cru à la démocratie directe. - Moi non plus, mais je trouve que nous sommes de plus en plus en pseudo démocratie : on a encore le droit de voter, et encore au milieu de  pressions médiatiques incroyables, et après on la ferme ... enlevez, c'est pesé ! - Je vois, ça ressemble de plus en plus à la DDR : je me demandais pourquoi je me plaisais tant ici ... et pourquoi l'entropie ?

 

 - Parce que je te rappelle qu'on a voulu analyser les comportements de nos semblables. - OK, selon le schéma idéologies / compétences / désirs. - On a bien traité les idéologies pour terminer sur l'idéologie écologique. - Et c'est là que tu as dérapé sur l'entropie. - Disons que c'était un dérapage contrôlé, à partir de la remarque : "Rien ne se perd, mais tout se perd quand même ...". - Je vois, et où en est-on maintenant ?

 

Aux compétences, et le lien n'est pas si mauvais : en ces temps difficiles, les citoyens vont se déchirer sur le nucléaire ou non ... - Sur le réchauffement climatique ou non ... - Et sur la décroissance ou non, c'est-à-dire consommation ou investissement. - Et tu crois qu'ils n'ont pas les compétences nécessaires pour prendre les bonnes décisions ? - Ils n'ont surtout pas l'habitude de se mettre d'accord sur des prémisses, généralement des nombres, avant de commencer à réfléchir.

 

 - Mais les hommes politiques, qui font un peu ce qu'ils veulent, peuvent décider facilement. - Détrompe-toi, ils sont tiraillés entre un trop grand nombre de solides lobbies. - Et ils sont impuissants devant les phénomènes mondialisés. - Et en plus, ils ne sont généralement pas compétents ! - C'est grave, ce que tu avances là, mais pourquoi ce jugement ? - Parce que c'est ce qui arrive à la plupart des chefs qui ont réussi : ils ont pris des habitudes et ne sont plus capables d'en sortir.

 

- Tu veux dire que leurs habitudes leur tiennent lieu de compétences ? - C'est exactement ça, on va bientôt en reparler ... ». Avez-vous renoué le fil, comme DDR ?

 

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Mercredi 11 juin 2008

DDR arrive avec la mine chiffonnée d'un comptable qui vient d'éplucher un bilan calamiteux : «  - Comme je me déplace sur les réseaux à la vitesse de la lumière, je surveille les consultations de ton blog : tes histoires d'entropie n'ont pas fait un tabac. - Que veux tu ? Les internautes veulent des recettes, comme la pompe à chaleur. - Il est vrai que nous sommes au temps du prêt-à-porter, pour les idées comme pour les fringues.

 

 - Tu veux dire le prêt à penser, comme dans ta DDR socialiste. - Et en plus, tes histoires sont décourageantes : on ne peut plus rien faire. - Dis plutôt qu'on ne peut pas faire n'importe quoi ! - Toi qui encenses les Cisterciens, dis-moi en quoi ils contrôlaient l'entropie. - Ils recevaient généralement en don des terres ingrates : marais ou forêts, qu'ils devaient aménager. - Ils ne choisissaient donc pas leur lieu d'installation.

 

 - Non, les riches donateurs, outre le souci de sauver leurs âmes, souhaitaient la mise en valeur des terres qu'ils leur remettaient. - Ils devaient donc, soit défricher des forêts, soit drainer des marécages. - Mais le lieu important était toujours un cours d'eau permettant le transport et source d'énergie. - Et en quoi leur mode d'exploitation différait-il du nôtre ? - Ils s'adaptaient à leur territoire : constructions en pierre s'il y avait une possibilité de carrière, sinon en briques.

 

 - Mais la taille de la pierre produit beaucoup de déchets. - Les murs importants étaient "fourrés", c'est-à-dire constitués de deux murs extérieurs entre lesquels tous les débris étaient maçonnés : tout était utilisé.  - En fait, on peut dire qu'ils "déplaçaient" les matériaux plutôt que de les consommer. -Comme pour les cours d'eau, qu'ils modifiaient pour bénéficier de chutes plus hautes sans les dénaturer. - Mais, déjà au moyen âge, il y avait des difficultés d'approvisionnement en bois.

 

 - C'est vrai, mais avec des arbres de quatre siècles, ils érigeaient des charpentes qui devaient durer au moins autant. - Rien à voir avec les bois exotiques coupés pour faite des salons de jardin qui se retrouveront à l'usine d'incinération au bout de dix ans ... - Il pouvait y avoir des difficultés pour le bois de chauffe destiné à la chaux, aux briques et aux tuiles. - Comme, plus tard, pour le charbon de bois alimentant leurs hauts-fourneaux. - Si la révolution de 1789 n'avait pas mis fin à leur développement, il aurait été intéressant de voir la manière dont ils auraient abordé la révolution industrielle.

 

 - Je vois que tu lis "Peut-on encore croire au progrès" parle-t-on de l'entropie ? - On ne prononce pas le mot, mais on affirme que : "La seule chose qui doit nous déterminer, c'est l'obligation de faire en sorte que ce qui est aujourd'hui soit encore dans l'avenir ..."  - Tu as toujours des citations sérieuses, c'est fatigant ! - Allez, pour des rigolos comme toi, je me rappelle que, lorsque j'étais gamin, il était inscrit dans des lieux propices à la méditation : "Prière de laisser l'endroit aussi propre que vous l'avez trouvé en entrant." - C'est peut-être une bonne définition de l'entropie ... ». Il est temps de se séparer.

 

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Dimanche 8 juin 2008

DDR arrive épanoui : « - Enfin, un peu d'espoir - Je vois que tu crois encore au progrès socialiste. - Que veux-tu ? On en a tellement entendu parler. - Plus que constaté, n'est-ce pas ? - Il y avait quand même des avancées sociales : travail pour les femmes, crèches, éducation, que beaucoup d'anciens Allemands de l'Est regrettent aujourd'hui.

 

Allez, je t'accorde ça ; au fond, vous avez subi autant de propagande pour le socialisme que nous en avalons quotidiennement en France pour le libéralisme débridé. - Et finalement, la propagande, ça marche ! - Oui, jusqu'à ce que ça casse, comme le mur de Berlin. - J'ai parlé du progrès social ; il y a un progrès des objets, des produits, des machines. - Oui, mais on y croit plus ou moins selon les époques : on en a parlé à propos du matérialisme.

 

- Et après la dernière guerre mondiale, tout le monde croyait au progrès. - A la suite des applications de l'informatique et des automatismes. - Ta citation de Norbert Wiener montre que les spécialistes avaient vu clair. - Mais il y a un progrès que vous n'avez pas expérimenté derrière votre mur : celui des échanges.  - C'est-à-dire du commerce ? - Oui, encore qu'il soit très dangereux : il suffit de voir la guerre de la mondialisation. - Elle enrichit pourtant beaucoup de monde ... - Et elle en appauvrit encore bien plus.

 

 - Alors, que faut-il faire ? - D'abord ne pas penser par tout ou rien : un peu moins de protectionnisme qu'en DDR et un peu plus qu'en Europe, ce ne serait pas mal. - Et pourquoi ça ne se fait pas ? - Pour deux raisons : d'abord parce que les pays les plus puissants professent une hypocrisie éhontée. - Laquelle ? - Ils pratiquent un protectionnisme déguisé en incitant les élites des autres pays à ouvrir leurs frontières.

 

 - Je me demande pourquoi ça marche. - C'est la deuxième raison : nos experts sont bêtes et paresseux, c'est tellement plus facile de penser par tout ou rien plutôt que de réguler finement ! - Revenons au progrès des produits et machines, c'est plus sécurisant, donne-moi des exemples. - Le DDT. - Heu ... - Je me souviens qu'après la guerre, on pensait que c'était merveilleux. - S'il n'y avait pas eu la guerre, les camps de prisonniers, de réfugiés, de déplacés et des conditions d'hygiène horribles, le DDT aurait été moins nécessaire.

 

 - Et celui qui avait découvert ses propriétés insecticides n'aurait peut-être pas eu le prix Nobel.  - Tu as des exemples plus réussis ? - L'amiante, les PCB ! - Bon, je vois que tu n'es pas de bonne humeur, et qu'en déduis-tu ? - Que, souvent, pour arranger un problème ponctuel, on crée des catastrophes plus larges et durables ... et je ne parle pas de certains médicaments. - Et la société réagit trop tard, c'est aussi une forme d'entropie : le trou des dégâts creusés est plus grand que les avantages obtenus. - Allez, on termine par un proverbe : "Progrès du moment crée des lendemains véhéments" ! ». A demain.

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

                                                               SCHWARZER STIER !

Par Blacksheep
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Lundi 2 juin 2008

DDR surgit un peu fâché : « - Tu n'as pas de sujet marrant ? - Tu n'as qu'à lire la presse pipole ou satirique. - J'en ai assez d'être sérieux ! - J'ai quand même l'impression que ce qui est amusant n'est pas très important. - Bon ! C'est quoi, la finance ? - Pour faire simple, on peut dire que c'est la monnaie et la banque. - Commençons par la monnaie.

 

 - Les hommes préhistoriques ont progressivement remplacé l'échange direct de marchandises, le troc, par un paiement par des signes ou symboles, au début des coquillages. - Quel est l'avantage ?  - D'abord de pouvoir échanger des quantités de valeur différente, puis d'organiser des échanges triangulaires, ou entre des acteurs plus nombreux. - Et qu'est-ce qui me garantit que cette monnaie sera acceptée partout ? - La valeur que le détenteur y attache, puis la puissance de ceux qui l'émettent.

 

- Et en quoi la monnaie est-elle soumise à l'entropie ? - Du temps des pièces en métal précieux, elles s'usaient ou bien l'autorité qui les avait émises déclinait ... aujourd'hui, les signes, pièces en métal non précieux ou billets ne reposent que sur la confiance de ceux qui les détiennent, sinon c'est l'inflation.  - Et puis l'autorité émettrice peut changer les règles du jeu. - C'est relativement fréquent : je me rappelle du changement de billets en 1945, par de Gaulle, pour "coincer" les détenteurs de lessiveuses pleines de billets provenant du marché noir.

 

  - Quant aux lignes de compte électroniques ? - Tout dépend de la solidité des la banque qui les enregistre, mais, pour l'instant, les états garantissent les banques ... pourvu que ça dure ... - Et la banque ? - A l'origine, elle avait sans doute pour but le change et le prêt sur gage. - C'est bien connu : on ne prête qu'aux riches. - Mais l'aspect le plus intéressant de la banque était certainement, du temps de la route de la soie, la réunion d'hommes riches et peu aventureux physiquement dans le but d'avancer des fonds aux aventuriers qui, par caravanes ou par mer, allaient chercher en Orient des marchandises précieuses : étoffes et épices.

 

 - Sont alors apparues les notions d'incertitude et de risque, auxquelles les banquiers se sont accoutumés. - Les banquiers ont très vite su transformer l'incertitude en risque calculé à grands coups d'intérêts, de frais, de commissions et de prélèvements divers. - C'est ça, l'entropie de la finance ? - Pas seulement, il faudrait parler longuement de la notion de contrepartie. - Je vois : au fond, comme aux temps préhistoriques, une monnaie n'a de valeur que si elle est la contrepartie d'un bien.

 

 - Et c'est de moins en moins le cas : les mouvements financiers n'ont plus de commune mesure avec les mouvements de marchandises. - On emprunte de l'argent pour acheter de l'argent. - Tu veux dire des signes, comme les coquillages préhistoriques : on vient de voir dans l'actualité les dangers auxquels les banques se sont exposées. -  Tout le monde en parle, inutile d'insister ! ». DDR en a décidément assez des sujets sérieux ... mais est-ce vraiment fini ?

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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