DDR et le management fou.

Samedi 23 février 2008
DDR est un peu las : « J’ai bien compris toutes ces erreurs de management, mais ce qu’on raconte a les mêmes défauts que les manuels de management américains : des constatations, des anecdotes mais jamais d’explications. – Ne t’en fais pas, on va se rattraper avec DDR psychologue, mais il faut que l’on en finisse avec la série en cours.
 
 - Et on commence par quoi ? – Par le principe de Jospin, qui pose que "Quand tout va bien, le chef se croit le meilleur, lorsque la catastrophe survient, c’est la faute des autres", rappelle-toi, quand il a été éliminé au premier tour des présidentielles, il a chargé son insupportable deuxième femme d’engueuler le peuple qui avait mal voté.
 
 - Elle me rappelle Bertolt Brecht qui déclarait en 1953 après la révolte des ouvriers de la DDR : "J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ‘trahi la confiance du régime’ et ‘devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. A ce stade, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ?". Et quoi d’autre ? – Un principe universel et toujours oublié : "La solution d’un problème ne se trouve pas à l’endroit où il se manifeste".
 
– C’est pour cela que tu attaques rarement ton actuel Président ? – On a parlé de son prédécesseur Chirac il y a peu, pour dire qu’il était en tête de ses troupes mais, en vieillissant, il passait tout son temps au casernement laissant n’importe qui faire n’importe quoi … et on voit le résultat. J’en avais aussi parlé dans "Les Tuniques Bleues" en le surnommant Jack Shyrock pour faire plus américain. Si tu as envie de jouer, tu peux essayer de décoder les autres noms.
 
 - Oui mais tu ne peux plus trouver de solution dans le passé, tu as une solution pour l’avenir ? – Non mais ce n’est pas important … encore que … les hommes politiques, s’ils ne peuvent pas grand-chose pour améliorer notre sort, risquent tout de même de faire beaucoup de dégâts. Au risque de me répéter, moins ils en font, mieux ça se passe, révise le principe de Dilbert.
 
 - Tu n’as rien de plus marrant ? – Si, le théorème de Woody Allen : "L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible !" … rappelle-toi de Gaulle … - Attention, tu risques le blasphème. – Mais non, comme il était supérieurement intelligent, il s’est permis en 1967 de se payer la tête des américains en déclarant "Vive le Québec libre !".
 
 - Je me souviens que la presse française, sans doute bien fluidifiée par les atlantistes, n’avait pas apprécié. – Mais c’était quand même un beau pied de nez alors que nos politiques d’aujourd’hui ne se rendent même plus compte lorsqu’ils disent … ou malheureusement font … des imbécillités. » Content de cette belle fin (de série), DDR disparaît de mon écran.
 
* L’auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
  
                                                                 SCHWARZER STIER !
Par Blacksheep
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Jeudi 21 février 2008
DDR est soucieux, ce matin : « J’ai bien compris le principe de Peter, mais je me demande comment le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands ou Parti Socialiste Unique d'Allemagne) de la DDR pouvait bien concentrer tous les plus médiocres du pays. – C’est un peu comme chez nous avec le PUU et cela résulte du principe de Dilbert, qui est une conséquence de celui de Peter.
 
 - Qui est ce Dilbert, encore un grand professeur ? – Pas du tout, c’est une bande dessinée de Scott Adams qui décrit le fonctionnement des entreprises. – Et que dit ce fameux principe ? - Il affirme que "les entreprises affectent les incompétents là où ils feront le moins de dégâts, c’est-à-dire aux postes de direction et surtout pas sur le terrain" …
 
 … J’en ai d’ailleurs souvent fait l’expérience, en particulier en travaillant pour un aéroport international : on pouvait former les cadres de direction par des séminaires résidentiels de trois jours, la maîtrise pour une journée seulement et il était pratiquement impossible de réunir des employés même pour une demi-journée ; il était ainsi facile d’identifier les plus utiles pour le fonctionnement. – Impressionnant, en effet ! Mais n’était-ce pas le résultat d’une bonne délégation ?
 
 - Je me suis posé la question mais cela ne peut être vrai que lorsque la hiérarchie est en nombre limité, pas dans une très grosse entreprise. – Finalement, c’est un peu comme dans ton pays : les ministres et députés peuvent se balader souvent, ça ne marche pas plus mal. – Ça aurait même tendance à aller mieux ! Et regarde les sénateurs : tout le temps en voyages d’études des spécialités culinaires lointaines, et pendant ce temps-là le pays fonctionne ...
 
 ... Sans oublier la Belgique qui a parfaitement tourné pendant plus de six mois sans gouvernement. Mais il y a encore mieux : la loi de Goldin, qui nous apprend que "la généralisation de l’incompétence est proportionnelle à sa hauteur dans la hiérarchie" et j’aime autant te dire que, pour avoir travaillé deux ans dans une banque, j’ai eu largement le temps de m’en apercevoir ! - Je ne suis pas certain que cela s’applique partout !
 
 - Tu as raison : il est plus difficile d’être incompétent dans l’industrie, au moins au niveau de la production ; ces lois s’appliquent surtout dans les états-majors, les professions dites intellectuelles et bien sûr la politique. – Les économistes ne sont pas mal non plus : dès que tu les mets en cercle, ils tournent en rond  … mais que font tous ces incompétents improductifs lorsqu’ils sont réunis ?
 
 - Ils se confortent dans leurs idées fausses, c’est ce qu’on appelle le groupthinking. – Mais il n’y a jamais de personnalités compétentes dans toutes ces nobles assemblées ? – Bien sûr que non ! Lorsque par hasard il y en a, ils dérangent et sont impitoyablement rejetés. – Finalement, c’est comme au sommet de la DDR, ça ressemble à des sectes. – Ne t’en fais pas, on va en parler d’ici quelques jours dans DDR psychologue : le pire est à craindre ! » Et il me quitte tout enchanté par ce projet.
 
* L’auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
  
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Mardi 19 février 2008
DDR arrive tout guilleret : « Parle-moi encore de ton patron texan. – D’accord, lorsqu’on lui rapportait un contrat de vente un peu mal ficelé, il déclarait : "The shit is on the fan, let’s plug it !" - ??? – Je traduis : "La merde est sur le ventilateur, yapuka brancher !" – Ben … il n’était pas poli, ton chef ! – Peut-être pas poli mais il ne pratiquait pas la langue de bois de nos élites nationales actuelles …
 
 … d’ailleurs, il me semble que Chirac disait, lorsque les choses allaient mal pour son clan : "Les merdes volent en escadrille !" – Ah ! Chirac, tu n’as pas l’impression que les Français commencent à le regretter ? – On dirait, un petit peu, mais il est un peu tard pour lui faire reprendre du service … en tout cas, la popularité de notre Premier Ministre tendrait à montrer que ce n’est pas celui qui en fait le plus qui est le plus populaire.
 
 - Qui en fait le plus ? Qui s’agite le plus, veux-tu dire … et s’agiter, c’est un peu brancher le ventilateur ! – Oui, et j’avais d’ailleurs rappelé la phrase du ventilateur à tous mes copains au soir du 6 mai 2007 … la plupart avaient été choqués. – C’était quoi, cette date ? – Chut ! Tu sais que chez nous en France, c’est comme chez toi avant la chute du mur : il est interdit de critiquer les chefs.
 
 - Finalement, Chirac, c’était un mauvais choix pour les élites et les médias ! – Détrompe-toi, l’ancien Président avait conservé sa mentalité de lieutenant de spahis : toujours en tête de sa section, c’est donc lui qui prenait tous les coups pendant que les affaires se faisaient tranquillement ! – Alors, c’est l’actuel Président qui est un mauvais choix pour les milliardaires qui ont pourtant bien contribué à son succès.
 
 - Au contraire, c’était encore un meilleur choix : à force de s’agiter, il fait le paratonnerre et on oublie que les affaires continuent à prospérer pendant ce temps-là. – Il a seulement forcé la dose et fait un peu trop d’étincelles de rupture trop vite. – On ne peut pas encore le dire, il faut attendre quelques mois pour apprécier – Parle-moi un peu de Mitterrand, ça me rapprochera peut-être un peu de la DDR.
 
 - Mitterrand était intelligent pour sa carrière, encore que piètre politique car il n’a même pas vu arriver la réunification de l’Allemagne et a littéralement vendu la France à Kohl, mais remarque qu’il a aussi lâché du lest aux milieux affairistes puisque les "années fric" ont débuté sous son règne. – Au fond, en France, les riches et les puissants jouent un peu le même rôle que l’URSS naguère avec ses satellites : tenir les politiques en laisse !
 
 - C’est tout à fait cela mais ils ne vont quand même pas jusqu’à les pendre comme c’est arrivé à Imre Nagy ; ils se contentent quand ça ne va plus à leur goût de les faire lapider par les journalistes. – Dis, à force de parler politique, on s’est éloigné du management. – Pas du tout ! Un bon chef doit savoir repérer la merde sur le ventilateur et éviter la tentation de brancher : Mitterrand savait un peu, Chirac et notre actuel Président manquent totalement de nez ! ». Et il est reparti content.
 
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Lundi 18 février 2008
A DDR de jouer, aujourd’hui : « Je me souviens d’un principe de management que j’ai espionné pour le compte de l’Allemagne de l’Est, c’est le diagramme d’Eisenhower. – Je connais, le Général américain était un super logisticien, dommage qu’il ait fait un médiocre Président – C’est le problème de la plupart des hommes politiques … là encore, on est en plein dans le principe de Peter.
 
 - Mais il faut qu’on lève d’abord une ambiguïté à partir de deux définitions qu’on ne trouve nulle part : comment définis-tu l’urgence ? – C’est ce qui prend un temps significatif par rapport au délai. – Je vois, ma déclaration d’impôts va me demander deux jours de travail pour dans trois mois : elle n’est pas urgente, mais il faut que je cuise des œufs durs pour le repas qui a lieu dans un quart d’heure, c’est urgent.
 
 - Va te faire cuire deux œufs ! Et important, alors ? – C’est ce qui me coûte des sous par rapport à mes petits moyens ! – Donc, un accident ne serait pas important ? – Tu parles, tu as vu le prix d’une journée d’hôpital ? – Oui, en France, c’est un peu comme chez nous en DDR : les soins étant gratuits, on n’a pas l’impression que ça coûte. – Ne t’en fais pas, ça ne va pas durer … donc, ce qui est important pour moi, c’est un peu moins de sous que pour Total !
 
 - Tout à fait ça … pour une fois qu’on démarre sérieusement, je dirais même plus : scientifiquement … Tu crois que ça va durer ? – Ça m’étonnerait ! – Bon ! On continue : il y a donc quatre catégories de questions à traiter, d’abord les importantes et urgentes… - A exécuter personnellement et immédiatement ! – OK ! Deuxième cas : c’est urgent mais pas très important. – On délègue et on surveille. Troisième possibilité : c’est important, mais pas urgent ? – On planifie … génial …
 
 … et si ce n’est ni urgent ni important, c’est de la connerie et on met à la poubelle ! – Tu es fou … si c’est le chef qui le demande ! Chez nous, en DDR, ça ne rigolait pas : même si c’est idiot, un bon chef prussien exige, tout simplement ! – Ouais … finalement, c’est un peu comme chez nous, en France, le chef a toujours raison …
 
 --- Tiens, j’ai eu un patron texan qui parlait un poil français et le reste un américain impossible et qui avait une autre classification. – Laquelle ? – Lorsqu’il nous passait un document, il y avait souvent une date qui était à considérer comme un délai impératif. – Je vois, important et urgent. – Parfois, c’était noté ASAP - ??? – As soon as possible … dès que possible – OK boss ! Important mais pas urgent.
 
 - Et chaque fois qu’il avait une grossièreté à dire, il préférait le français, c’est pourquoi la troisième catégorie était notée AQCG. - ??? – Attendre Que Ça Gueule ! – Ben, c’était un bon, ton chef ! – Oui, mais je crois qu’il n’était pas récupérable dans une boîte française : il est reparti aux US … En fait, chez nous en France, tout est important et urgent, surtout en politique avec notre chef actuel. – Alors, tout se bouscule et tout le monde gueule sans attendre … au moins, en DDR, personne ne gueulait à voix haute. – Oui, mais tu as vu comment ça s’est terminé ? ». Tiens, j’ai eu le dernier mot !
 
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Dimanche 17 février 2008
DDR arrive et je lui lance : « Celle-là, tu ne la trouveras pas dans les livres, c’est la fable du pauvre bûcheron vosgien - ??? – Celui-ci est un grand travailleur et abat des arbres sans s’interrompre pour affûter sa hache ; comme son outil de travail coupe de moins en moins bien, il passe encore plus de temps pour abattre ses arbres et peut encore moins s’arrêter pour sortir la pierre à affûter …
 
 … Notre homme travaille de plus en plus pour un rendement de moins en moins intéressant, se met à déprimer, et finit par grimper en haut du plus grand sapin pour se jeter dans le vide. – Ça ressemble à une antienne de ton Président : "Travailler plus pour se suicider plus !", mais ce n’est pas sans rappeler le stakhanovisme de la DDR. - ???
 
 - Alexis Stakhanov était un mineur soviétique qui avait extrait en 1935 quatorze fois le quota de rendement imposé par l’Etat ; sa performance donna lieu à une campagne de propagande orchestrée par Staline tendant à démontrer l’adhésion du peuple au socialisme. – La course à la productivité existe aussi dans les pays capitalistes mais ton affaire ne colle pas très bien avec ma fable car Stakhanov a réussi.
 
 - Oui, une journée : ils croient tous, parce qu’ils ont eu de la chance ou étaient en pleine forme quelquefois, que ça va durer … finalement, notre mineur d’exception n’a peut-être plus fait que des discours dans les meetings par la suite. – Si on rapproche les deux histoires, cela ressemble beaucoup au krach de la Société Générale : ils ont fait des bénéfices somptueux pendant quelques années et ont cru que cela avait toutes les raisons de durer …
 
 … En plus, ils ont eu la même négligence que mon bûcheron en n’affûtant pas les contrôles. – Sans oublier qu’une banque est faite pour rentrer de l’argent, pas pour en ressortir, sauf dans les poches des grands chefs … mais j’ai déjà parlé de la banque. - Je vois, une banque, c’est comme les trous noirs en astronomie : ça condense un maximum de fric sans en laisser ressortir.
 
 – Et tu sais quelle était la devise de leur grand patron ? - ??? - "Mets du charbon, Daniel, et t’occupe pas des signaux" – Belle devise stakhanoviste pour un narco-libéral® mais une affaire pareille ne peut pas arriver à notre gouvernement : ils font des "réformes", c’est l’équivalent d’affûter sa hache, non ?
 
 - Détrompe-toi, tout dépend si on fait des réformes pour que l’économie fonctionne mieux ou si on en fait parce qu’on ne sait produire que des réformes pour faire plaisir aux ânes-économistes et leur permettre d’écrire de beaux livres qui leur rapporteront notoriété et droits d’auteurs. – Tu veux dire qu’ils ne savent faire des réformes que pour la beauté des réformes ? C’est comme si mon bûcheron ne faisait qu’affûter sa hache … et en plus ça l’use pour rien !
 
 - Exactement ! Et ne crois pas que tu vas gagner un kopeck de plus avec leurs belles réformes : des réformes en papier pour couvrir du papier ! Pourquoi crois-tu que les journalistes marchent dans la combine des pseudo réformes ? Pour vendre du papier, pardi … même si le résultat est que ça va moins bien qu’avant, tant qu'ils vendent leur paperasse, ils sont d'accord ! ». Et il est reparti … vous trouvez quelque chose à répondre, vous ?
 
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Samedi 16 février 2008
Dès que DDR apparaît, je prends l’initiative : « Allez, aujourd’hui, on parle de la loi de Parkinson ! – Pourquoi, tu as la tremblote ? – Mais non, idiot ! Ce n’était pas médecin mais un fonctionnaire britannique qui a vécu la fin des administrations coloniales et constaté que, moins elles avaient de boulot, plus elles embauchaient d’employés.
 
 - Et il a trouvé quoi ? – Sa loi a de nombreuses interprétations mais la principale est que la durée d’une tâche dépend plus des moyens disponibles que du temps réellement nécessaire pour l’accomplir. – Autrement dit, si j’ai bien compris, plus il y a de bonshommes pour bosser, plus le boulot prend du temps … Tu vois, en DDR, on ne connaissait pas cette loi, mais on savait parfaitement l’appliquer …
 
 … Heureusement que chez nous les soviets n’ont pas duré trop longtemps car les réunions … - J’ai déjà traité des réunions dans ce blog, mais c’était à propos des Etats-Unis. – Tu sais, les réunions, c’est un problème universel. – C’est justement ce que dit Parkinson : quand on a trop de temps devant soi, on organise des réunions ou, pire, le chef qui sent qu’il a une équipe trop importante commence par foutre la pagaille pour, en quelque sorte, gagner du temps …
 
 … Mais ça ne peut pas arriver chez nous, on a un président du genre rapide ! – Tu sais, je vais de temps en temps faire un tour à l’Elysée : ils sont plus de mille, là-dedans. - … En comptant les larbins, les cuistots et les sommeliers … - Même en décomptant l’intendance, il reste du monde : en France, tous les conseillers du Président sont autant de soviets d’apparatchiks, comme en URSS du temps de Brejnev.
 
 - Mais il ne se passait pas grand-chose du temps de Brejnev. – Justement, c’est le summum de la loi de Parkinson : travailler plus pour décider moins ! – Et puis, plus on est nombreux, plus il faut de temps pour se mettre d’accord … ça peut aller aussi loin que dans les plus prestigieux conseils d’administration : plus il y a de monde, plus ça cause.
 
 - Plus fort que ça, le nombre de conversations augmente comme la factorielle du nombre des participants. – Là, tu es en train d’embêter le lecteur ! – Disons que ça augmente un peu comme une exponentielle et restons-en là … Ce qu’on peut reconnaître à ton Président, c’est une remarquable efficacité dans le brouhaha !
 
 - Pourtant, il a déjà l’air d’en avoir marre : Neuilly, ras le bol ! L’Elysée, c’est trop petit ! La Lanterne, ça va un peu ! Regarde, les médias n’ont même pas vu que, en Guyane, c’est la planète Mars qui l’intéressait. – Hé bé ! Il va lui falloir être Président pour un bout de temps avec ce qu’il y aura comme réunion, délais, retards et ratages !
 
 – Parlons un peu du passé pour se rasséréner : Clemenceau fut nommé Ministre de l’Intérieur en 1906 ; il visita les bureaux avec quelques collaborateurs et demanda à un fonctionnaire ce qu’il faisait "Rien, Monsieur le Ministre.", puis à son voisin. "Rien, Monsieur le Ministre" ; se retournant vers sa suite, il ordonna "Notez un double emploi !" – Ah ! Elle est bonne ! ». Et il a disparu.
 
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Vendredi 15 février 2008
DDR arrive un peu désabusé : « J’ai jeté un œil aux journaux ce matin : tu as encore envie de parler de quelque chose devant cet océan de conneries ? – On peut parler de petites conneries réjouissantes comme il y en a tant dans notre beau pays – OK, qu’est-ce que tu proposes ? – Le principe d’Eric Besson. – Qui connaît Monsieur Besson ?
 
 - Personne en 2006, tout le monde depuis février 2007, c’est quand même une belle réussite pour un cadre obscur du privé devenu un obscur apparatchik du PS, non ? – Et quel principe a-t-il appliqué ? – Un principe pour se débrouiller dans les embouteillages : "C’est celui qui change de file le premier qui gagne le plus de temps".
 
 - Ah oui ! On disait en DDR : "C’est le premier qui change de mangeoire qui bouffe le plus" ; c’était pour ceux qui passaient à l’ouest. – Ma formule est plus polie, mais les Prussiens ont toujours porté une grande attention à ce qu’il y a dans leur assiette, même dans un pays économiquement faible. – Ça, c’est vrai, et aussi dans les proverbes : ainsi, les Français disent "Ce n’est pas mes oignons" ou "Pour une bouchée de pain" là ou les Allemands préfèrent "Ce n’est pas ma bière" ou "Pour une pomme et un œuf" …
 
 … Mais revenons au sujet : et qu’est devenu ce Monsieur Besson avec l’application de son principe ? – Sous-ministre des Perspectives Obliques et de la Notation de ses Petits Camarades, ou quelque chose comme ça : voiture, chauffeur, caviar à tous les repas … un peu plus qu’une pomme et un œuf. – Remarque, ça s’est passé à l’identique chez nous à la chute du mur : les Stasistes étaient tellement pressés de passer à l’ouest qu’il n’y avait presque plus personne pour détruire les archives … ça a fait des histoires pas possibles après.
 
 - En France, ça ne fait pas beaucoup d’histoires : une tempête dans les flûtes de Dom Pérignon des journalistes, mais c’est vite bu. – Et il y a eu beaucoup de transfuges ? – Tu parles, une véritable ruée vers l’or mais on en a déjà parlé à propos du PUU. La seule différence, comme nous sommes moins directs que les Prussiens, est que quelques uns ont fait semblant d’hésiter, histoire de donner quelque chose à dire aux gazettes !
 
 - Et tu as d’autres exemples d’émules ? – Des mules ? Sois donc poli avec nos élites politiques ! – Mais non, idiot, je te demande des exemples de traîtres. – Il y a bien eu le don de l’Alsace à la France : le Colonel (CR) Bockel qui est plus subtil car il emprunte la "troisième voie" pour doubler les copains, mais je crois qu’il va bientôt se retrouver sur la bande d’arrêt d’urgence.
 
 - Et il a eu quoi, comme queue du Mickey ? – Quelque chose comme Sous-ministre de la Dialectophonie et des Peuplades Dispersées, mais il faut reconnaître qu’il s’y est pris un peu tard … il a voulu faire semblant de se faire prier tout en restant scotché à son téléphone. Mais bon … la soif d’honneurs, ça ne se commande pas ! – Finalement, c’est plutôt sinistre, tes histoires, essaie de me trouver quelque chose de plus moral pour demain. – J’essaierai, mais ce sera dur ! ». Et il est reparti : il va falloir que je me creuse.
 
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Mercredi 13 février 2008
DDR se lance dès qu’il arrive au coin de mon écran : « Il y a de nombreuses lois qui concourent au bordel organisé : nous allons parler aujourd’hui du principe de Peter – Là, je connais et c’est assez simple : par le jeu des promotions, chaque employé finit par parvenir à son niveau d’incompétence, et il y reste jusqu’à la retraite, si bien qu’à la longue tous les postes sont occupés par des incompétents …
 
 … Pour ma part, j’ai pris des risques professionnels mais j’ai toujours refusé les missions pour lesquelles j’estimais que je n’avais pas la compétence ou le temps nécessaires. – C’est que tu es un imbécile : on accepte un boulot impossible et on le fait réaliser par un collaborateur ; si ça ne marche pas, on le vire et si ç’était OK on raconte partout qu’on a réussi.
 
 - Passons … et, d’après toi, à quoi ce principe est-il dû ? – A la méritocratie, tout simplement : dans une entreprise normale, on récompense ceux qui ont réussi jusqu’à ce qu’ils n’y arrivent plus. – Oui mais … il n’y a plus d’entreprise normale, presque plus de promotions, alors ce principe ne vaut plus rien !
 
 – Détrompe-toi, en DDR, nous étions en pleine stagnation économique et le principe de Peter s’appliquait parfaitement pour les commissaires politiques et les politiques tout court. – Tu crois qu’il y a de la méritocratie dans ces boulots ? – Il faut tout t’apprendre : il y a de la conformocratie, ceux qui sont fidèles au parti et à l’idéologie sont promus, il n’est pas nécessaire d’être intelligent pour cela.
 
 - Ah ! Je vois ! C’est comme cela que fonctionne la cooptation des professeurs de Sciences Po, d’HEC et de l’ENA. – Tu vois que tu finis par comprendre : pour les élèves, c’est la même chose, il suffit d’être dans le moule et de répéter ce qu’il y a dans les livres d’économie … plus fayoter en masse, comme les élèves de l’exquis DSK qui inondaient les blogs en sa faveur, chacun ayant au moins une dizaine de pseudos.
 
 - Bon, mais on n’est plus à l’école et tout ça ne s’applique pas à la France. – Décidément, tu es indécrottable ! Comment crois-tu que fonctionnent les partis politiques ? – Maintenant que tu me le dis … mais à quoi attribues-tu la pagaille au PS ? – C’est qu’il n’y a plus de ligne : plus de conformité possible donc plus de conformocratie.
 
 – Et au Modem, c’est pareil ? – Ce parti ne peut intéresser que des gens intelligents qui réfléchissent par eux-mêmes, et ce genre de profil, dans les milieux politiques, ça ne court pas les rues. – Pourquoi ? – On vient d’en parler, à cause de leur formation. – Ton raisonnement est impeccable mais pas réjouissant … Quand même, notre actuel Président, qui a réussi si jeune, échappe à ce principe.
 
 - Là encore, tu es complètement naïf : tous ceux qui montent très vite, sautant deux échelons à la fois, sont évidemment amenés, par l’élan, à parvenir nettement au-dessus de leur niveau de compétence. ». Il m’a encore eu … venez à mon secours par vos commentaires, je vous en supplie.
 
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Mardi 12 février 2008
Que va bien raconter DDR cette fois-ci ? Chut, il arrive ! « On va faire honneur à la France, aujourd’hui ; je te propose d’examiner le principe de Raffarin, appelé aussi théorie du bordel organisé. – Tiens, tu deviens anarchiste ? – Pas du tout, le bordel organisé répond à des critères très précis : on peut le reconnaître à ce qu’un chef impose des règles strictes pour un résultat nul ou négatif, voire calamiteux.
 
 - Et tu crois que les Français sont à la hauteur des ex Allemands de l’Est ? – Pas vraiment, il leur manque la rigueur prussienne, mais ils ont cependant des dispositions … Tiens, un simple détail dans l’affaire du lundi de Pentecôte : les usines doivent tourner et les transporteurs n’ont pas le droit de rouler ; ce n’est pas l’anarchie mais le résultat de directives structurées, Raffarin a incontestablement des dispositions !
 
 - Et quels sont les records de l’ex DDR ? – Le rideau de fer, bien sûr : 1400 km de long, 2400 km2 de terres interdites, 140 000 gardes frontières, des barbelés électrifiés, des miradors, des mitrailleuses, fantastique, non ? Pour un pays ruiné par la guerre et pillé par l’URSS ! Le tout avec une qualité supérieure et une organisation sans faille.
 
 - Et combien cela coûtait ? – Ecoute, je crois que c’est encore un secret d’état aujourd’hui … Il ne faut pas donner ce genre d’information aux peuples, même à titre historique, ce serait leur fournir des idées de révolte. – Et tu as d’autres exemples ?
 
 – Bien sûr, le mur de Berlin : 43 kilomètres et 12 000 gardes frontières seulement, mais des murs de béton, des voies de chemin de fer, des tunnels de métro et des égouts interrompus, des armes déclenchées automatiquement, des détecteurs de présence … Ah ! Nous étions modernes, à l’époque ! – Mais ça avait une utilité : empêcher les citoyens de fuir à l’ouest.
 
 - Je me demande si les sommes colossales qui ont été dépensées ainsi n’auraient pas suffi à améliorer le niveau de vie et à retenir une bonne partie des fuyards. – Et que penses-tu des Français dans ce type de compétence ? – Il me semble que tu as fait un billet comparant l’enfer allemand et l’enfer français, la différence est là.
 
 - Mais notre actuel Président est particulièrement dynamique ! – Il est justement une bonne illustration de ce que je disais : chez vous, le bordel organisé est dans la tête de vos chefs … En Allemagne de l’Est, il allait jusqu’à l’ouvrier qui maniait la truelle pour construire le mur …
 
 … Ce qui vous caractérise est le côté brouillon, amateur : c’est sympathique en ce sens que beaucoup de ceux qui sont dans le collimateur peuvent espérer échapper à la répression … Mais aussi les pauvres qui ne sont pas théoriquement visés peuvent en prendre plein la gueule … Ce n’est vraiment pas la qualité prussienne ! » Et il est reparti … que dois-je penser ?
 
* L’auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
  
                                                              SCHWARZER STIER !
Par Blacksheep
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Lundi 11 février 2008
DDR a l’air rigolard aujourd’hui : « Je te propose de commencer par la loi de Murphy. – Tiens, on connaissait ce principe universel en Allemagne de l’Est ? C’est pourtant la NASA qui en est à l’origine. – Evidemment, mais tu sais que nous étions les meilleurs pour espionner, et encore les meilleurs pour mettre en application tout ce qu’il ne fallait pas faire …
 
 … Il y a de nombreuses interprétations de cette loi : à l’origine, Murphy déclarait que "S'il y a plus d'une façon de faire quelque chose, et que l'une d'elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu'un pour le faire de cette façon", mais c’est aussi la célèbre histoire de la tartine qui tombe toujours côté beurre, ou encore la loi de l’emmerdement maximum !
 
 - Et quelle était votre interprétation de cette loi en DDR ? – Mieux que la loi d’origine : "Si quelque chose peut aller mal, ça va péter au plus mauvais moment et au plus mauvais endroit". – Tu as des exemples ? – Bien sûr, c’était en 1959 pendant la visite de Khrouchtchev à Ulbricht et alors que l’usine aéronautique de Dresde avait monté un prototype d’avion de transport quadriréacteur.
 
 - C’était vraiment une création de l’Allemagne de l’Est ? – En fait, c'était un projet d’anciens de Junkers qui avaient travaillé pour les Russes et que ceux-ci renvoyaient car ils avaient appris tout ce qui leur paraissait intéressant. – Et comment s’appelait cette merveille ? – Le Baade 152, équipé de moteurs expérimentés pour la première fois ... danger supplémentaire …
 
 … Toujours est-il qu’Ulbricht a imposé un essai pendant la visite de Khrouchtchev : c’était seulement le deuxième vol. – Et que s’est-il passé ? – La machine s’est crashée à l’atterrissage près du terrain d’Oberdorf-Okrilla et le chef de la DDR a été prévenu en pleine parade auprès du Secrétaire Général du PCUS … ambiance.
 
 - Et on a su ce qui s’était passé ? – Peut-être une panne de carburant aux réacteurs mais le rapport d’accident a été soigneusement enterré ; en tout cas, malgré l’existence d’un second prototype, Khrouchtchev a décidé que les Allemands de L’Est s’étaient assez amusés comme cela et qu’ils n’avaient qu’à acheter des avions soviétiques.
 
 - Et tu crois que ça peut s’appliquer à la France ? – Oui, mais il faut généraliser le théorème compte tenu du nombre de chantiers que ton Président a démarrés : "Lorsque un grand nombre de choses peuvent aller de travers, tout va péter en même temps" Les courbes de popularité de ton chef en sont le reflet ! …
 
 … Et, en prime, son poulain se crashe dans son fief, à Neuilly, pendant qu’il a le dos tourné … Y a pas à dire, vous êtes forts, les Français, je ne sais pas si, malgré l’obstination soviétique croisée avec la rigueur prussienne, on aurait pu vous rattraper sur le chemin de l’échec si le Mur n’était pas tombé » … Il disparaît et me laisse sans voix.
 
* L’auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.
 
                                                              SCHWARZER STIER !
Par Blacksheep
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