Samedi 7 juin 2008

Je ralentis ma production, non pas que je sois à court d'idées, mais il se passe des choses ... il semble que les journalistes étrangers commencent à prendre conscience que nous avons passé la crête de la consommation débridée d'énergie et commençons à redescendre vers ce que j'espère ne pas être un gouffre.

 

Je dis bien certains journalistes étrangers car les généralistes français, surtout de « gauche » mais pas seulement, ne relèvent le nez de leur bol de caviar fourni par l'Elysée et les ministères avec leurs communiqués de presse que pour s'enfiler des rasades de Dom PérignonTM et n'ont encore rien vu venir ; une petite exception : certaines radios publiques françaises semblent donner parfois des informations pertinentes.

 

Le rapport Stern chiffre la dépense annuelle pour maîtriser le réchauffement climatique à 1% du PIB mondial ... ne mégotons pas, cela fait actuellement dans les 500 milliards d'euros par an ... l'Agence Internationale de l'Energie, un peu plus pessimiste, chiffre à 45 000 milliards de dollars, soit près de 30 000 milliards d'euros, les sommes à consacrer d'ici 2050 au même objectif de réduction de 50% des émissions de CO2 avant cette date.

 

Comme j'aime bien les comparaisons, qui ne sont pas raisons mais sources de réflexions, j'ajouterai qu'ancien fana de 4x4 (hé oui, il ne faut pas être sectaire), j'ai appris qu'avant de franchir une crête, il fallait aller voir à pied ce qui se trouve derrière ... mais nos politiques ignorent cette forme de prudence.

 

Evidemment, si on regarde le Paris Dakar à la télé, on ne voit pas la préparation et les reconnaissances de terrain et on croit que tout cela va de soi ... j'ai bien peur que l'essentiel de la culture de nos politiques et hauts fonctionnaires provienne de la télé ... allez, nous sommes en plein petites et grosses baballes et c'est bientôt les vacances ... mais je ne vais pas attendre la rentrée pour réfléchir et publier des nouveautés ...



                                                                   BLACKSHEEP !

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Lundi 2 juin 2008

« ... en finance, un gain considérable et périlleux est toujours préféré à un gain médiocre et assuré, et celui des banques consiste à créer plus de signes qu'elles n'ont de valeurs, et à percevoir l'intérêt des signes émis, quoiqu'elles ne possèdent point la valeur représentative de ces signes ... ».

 

Encyclopédie moderne - sous la direction de Léon Renier, Firmin Didot Frères - 1853, tome 5, page 412.

 

Autrement dit, les banques créent de la monnaie de singe (les signes) par l'intermédiaire de crédits qui ne correspondent pas à leurs propres capitaux ou à des dépôts de leurs clients (les valeurs) et, en plus, ils prélèvent des intérêts sur cette monnaie de singe.

 

Et ce n'est pas nouveau : il est bien écrit sur la page de garde : M (1 000) D (500) CCC (300) L (50) III (3), soit M DCCCLIII = 1853, début de l'Empire de Napoléon III qui fut une grande époque d'expansion industrielle, mais aussi d'arnaques financières et de faillites.

 

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Lundi 2 juin 2008

DDR surgit un peu fâché : « - Tu n'as pas de sujet marrant ? - Tu n'as qu'à lire la presse pipole ou satirique. - J'en ai assez d'être sérieux ! - J'ai quand même l'impression que ce qui est amusant n'est pas très important. - Bon ! C'est quoi, la finance ? - Pour faire simple, on peut dire que c'est la monnaie et la banque. - Commençons par la monnaie.

 

 - Les hommes préhistoriques ont progressivement remplacé l'échange direct de marchandises, le troc, par un paiement par des signes ou symboles, au début des coquillages. - Quel est l'avantage ?  - D'abord de pouvoir échanger des quantités de valeur différente, puis d'organiser des échanges triangulaires, ou entre des acteurs plus nombreux. - Et qu'est-ce qui me garantit que cette monnaie sera acceptée partout ? - La valeur que le détenteur y attache, puis la puissance de ceux qui l'émettent.

 

- Et en quoi la monnaie est-elle soumise à l'entropie ? - Du temps des pièces en métal précieux, elles s'usaient ou bien l'autorité qui les avait émises déclinait ... aujourd'hui, les signes, pièces en métal non précieux ou billets ne reposent que sur la confiance de ceux qui les détiennent, sinon c'est l'inflation.  - Et puis l'autorité émettrice peut changer les règles du jeu. - C'est relativement fréquent : je me rappelle du changement de billets en 1945, par de Gaulle, pour "coincer" les détenteurs de lessiveuses pleines de billets provenant du marché noir.

 

  - Quant aux lignes de compte électroniques ? - Tout dépend de la solidité des la banque qui les enregistre, mais, pour l'instant, les états garantissent les banques ... pourvu que ça dure ... - Et la banque ? - A l'origine, elle avait sans doute pour but le change et le prêt sur gage. - C'est bien connu : on ne prête qu'aux riches. - Mais l'aspect le plus intéressant de la banque était certainement, du temps de la route de la soie, la réunion d'hommes riches et peu aventureux physiquement dans le but d'avancer des fonds aux aventuriers qui, par caravanes ou par mer, allaient chercher en Orient des marchandises précieuses : étoffes et épices.

 

 - Sont alors apparues les notions d'incertitude et de risque, auxquelles les banquiers se sont accoutumés. - Les banquiers ont très vite su transformer l'incertitude en risque calculé à grands coups d'intérêts, de frais, de commissions et de prélèvements divers. - C'est ça, l'entropie de la finance ? - Pas seulement, il faudrait parler longuement de la notion de contrepartie. - Je vois : au fond, comme aux temps préhistoriques, une monnaie n'a de valeur que si elle est la contrepartie d'un bien.

 

 - Et c'est de moins en moins le cas : les mouvements financiers n'ont plus de commune mesure avec les mouvements de marchandises. - On emprunte de l'argent pour acheter de l'argent. - Tu veux dire des signes, comme les coquillages préhistoriques : on vient de voir dans l'actualité les dangers auxquels les banques se sont exposées. -  Tout le monde en parle, inutile d'insister ! ». DDR en a décidément assez des sujets sérieux ... mais est-ce vraiment fini ?

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

                                                                 SCHWARZER STIER !

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Jeudi 29 mai 2008

« ... La première fois que je vis des chômeurs de près, je fus horrifié et stupéfié en découvrant que beaucoup d'entre eux avaient honte d'être chômeurs. J'étais très ignorant, mais pas au point d'imaginer que, quand la perte de marchés extérieurs ôte leur travail à deux millions d'hommes, ces deux millions d'hommes soient plus à blâmer qu'un parieur qui perd aux courses. Mais à l'époque personne ne voulait admettre que le chômage était inévitable, parce que cela eut impliqué qu'il allait probablement durer. Dans les classes moyennes, on continuait à parler de « ces fainéants qui se tournent les pouces aux frais du contribuable » et à dire qu' « ils trouveraient tout le travail qu'ils voudraient s'ils se donnaient la peine d'en chercher », et naturellement ces opinions ne manquaient pas de trouver un écho dans la classe ouvrière elle-même ... ».

  

Georges Orwell - Le quai de Wigan - 10/18, pages 96 et 97.

 

Cette description est datée de 1928 en Angleterre par l'auteur, qui a écrit ce livre en 1937. Ça ne vous rappelle rien ?

 

                                                                 BLACKSHEEP !

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Jeudi 29 mai 2008

DDR arrive dépité : « - Tu sais, je ne connais rien en biologie. - Ça tombe bien, moi non plus, mais ça n'empêche pas d'en parler : on va faire comme nos politiques, parler de ce qu'on ne connaît pas. - On va être ridicules comme eux ? - Peut-être pas, si on réfléchit un peu. - Si, en plus, il faut réfléchir ... c'est quoi, la vie ? - C'est dur mais, à part ça, c'est un ensemble de systèmes homéostatiques.

 

 - Ben ... ça commence bien ! Ça veut dire quoi, ce machin ? - Qu'il s'agit de systèmes invariants. - Tu es bien dans le genre scientifique : tu expliques un mot incompréhensible par une expression obscure. - Bon, tu me reconnais à chaque fois que tu viens hanter mon écran ; je n'ai pas changé depuis qu'on s'est vus pour la première fois. - Un peu vieilli, quand même. - Sois donc aimable ! D'accord, j'ai un peu évolué, et à mon âge, ce n'est pas dans le bon sens, mais je suis toujours construit sur le même plan.

 

 - Comme les fleurs du jardin, mais elles poussent au lieu de se dégrader. - Ça suffit ! On est sur une piste : les systèmes vivants se développent selon un plan contenu dans quelque chimie intime. - Un plan qui n'a pas été dessiné par l'homme, comme celui de ton ordinateur ? - C'est là une bonne part du mystère, et les biologistes qui nous parlent d'acides aminés, de protéines ou d'ADN n'éclaircissent pas grand-chose, au fond. - Les plantes vivaces se reproduisent selon le même plan d'année en année. - Se reproduisent et essaiment.

 

  - Chouette : cette fois, on remonte l'entropie pour de bon ! - C'est ce qu'ont cru beaucoup de scientifiques, prompts à espérer que nous sommes éternels. - Moi, je suis éternel ! - J'ai bien peur que tu ne sois qu'un fantasme fantasque, comme ton copain le démon de Maxwell. - A ton tour d'être poli ! - Toujours est-il que nos fleurs du jardin consomment des sels minéraux dans la terre, mais surtout du gaz carbonique et du soleil.

 

 - Pour une fois que je connais un mot compliqué, c'est la photosynthèse. - Donc, il n'y a pas "néguentropie", mais captation d'énergie extérieure. - Et toi, tu bouffes ... un peu trop ! - En effet, un peu trop pour mon pouvoir d'achat ; en fait, il y a une "chaîne" de vie : les herbivores se nourrissent de plantes, les carnivores, comme moi, d'herbivores. - Ce ne serait pas mieux si tu te nourrissais de plantes ?

 

 - Ce serait beaucoup plus économique pour la nature, autrement dit on augmenterait nettement moins l'entropie, mais je suis omnivore comme beaucoup de primates. - Je sens qu'avec ton pouvoir d'achat, tu vas bientôt devenir patativore ! - Ça se pourrait bien, mais il faut que l'on trouve une conclusion. - Elle est toute trouvée et c'est toujours la même : tout ce qui parvient à se faire une petite "niche" de remontée de l'entropie en vole ailleurs. - Tiens ! C'est comme les banquiers ! ». Il est temps de se séparer et de préparer pour demain "entropie et finance".

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Mercredi 28 mai 2008

« ... Judas ! Saint Luc nous rapporte qu'il tenait les comptes et que sa comptabilité n'était pas très nette, soit ! Mais enfin, c'était le banquier des Douze, et qui a jamais vu en règle la comptabilité d'une banque ? Probable qu'il forçait un peu sur la commission, comme tout le monde ... Mais le bon Dieu prend notre pauvre société telle quelle, au contraire des farceurs qui en fabriquent une sur le papier, puis la réforment à tour de bras, toujours sur le papier, bien entendu ! ... ».

 

Georges Bernanos - Journal d'un curé de campagne - Pléiade, page 1078.

 

Cette citation n'émane pas d'un dangereux gauchiste : elle est mise dans la bouche du curé de Torcy, grand connaisseur des hommes. Si vous êtes fâché avec votre banquier, ne manquez pas de lui transmettre ces quelques lignes en ajoutant que ça dure depuis vingt siècles et que ça suffit !

 

Quant aux réformateurs de tout poil, voire de toute mèche, qui nous prennent pour du gibier à plumes, rien de tel pour les calmer.

 

                                                                            BLACKSHEEP !

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Mercredi 28 mai 2008

DDR arrive franchement agacé : « - Tu ne vas tout de même pas nous casser les pieds avec l'entropie statistique de Boltzmann ! - Non, on va parler d'un de tes copains : le démon de Maxwell. - Celui-là, je le connais, il était chargé de séparer les molécules froides des chaudes d'air ou d'eau tièdes. - Et comment faisait-il ? - Il observait les molécules rapides, donc chaudes, et les obligeait, en ouvrant une minuscule porte, à passer dans un compartiment, alors qu'il orientait les lentes, donc froides vers l'autre compartiment.

 

 - Et il violait ainsi la deuxième loi de la thermodynamique en recréant de l'eau chaude et froide à partir d'eau tiède. - Chouette ! Mon Titanic renouvelable peut fonctionner. - Et les scientifiques ont été pris d'un fol espoir : on pouvait "remonter" l'entropie. - Avec de l'information ... super ! - Certains ont même créé un concept de "néguentropie", ou entropie négative. - C'est normal : l'information ne coûte rien. - On voit bien que tu te contentes d'espionner les ordinateurs et que tu n'achètes jamais de journal.

 

 - Où est le problème ? - C'est que l'information a besoin d'un support : papier ou mémoire d'ordinateur, et qu'elle consomme de l'énergie pour circuler : gazole pour le camion qui t'apporte le journal ou électricité dans les fils de la bécane. - Mais le démon de Maxwell n'a rien de tout cela ! - Il lui faut bien de la lumière pour observer ... - Et un cerveau pour réfléchir ! - Tu crois que les démons ont un cerveau ? - Sois poli ! Et puis, le cerveau est l'organe humain ou diablotin qui consomme le plus d'énergie et d'oxygène.

 

 - D'ailleurs, Léon Brillouin a démontré que le démon de Maxwell consommait en énergie pour son information davantage que ce qu'on récupérait avec son eau chaude et froide. - Et tu peux me faire la démonstration ? - Non, c'est de la physique quantique, je crois, je n'en suis donc pas capable. - Il faut alors que je vous fasse confiance : la néguentropie n'existe pas ? - Ou du moins, ce n'est pas un concept très utile : il faut se mettre dans la tête que, si on diminue l'entropie d'un système, donc que l'on augmente son potentiel d'énergie, pour parler simplement, c'est qu'on a piqué de l'énergie ailleurs.

 

 - L'entropie est bien le péché originel des physiciens et ingénieurs. - Il ne faut pas rêver : toutes nos ressources sont limitées dans le temps à cause de ce concept d'entropie et, à ma connaissance, le temps n'est pas plus réversible que les systèmes thermodynamiques. - Mais les banquiers sont quand même plus malins : leurs salles de marchés font du fric avec rien. - Tu rigoles, ils font de l'argent avec les trous qu'ils creusent dans mes poches - Je vois : comptes non rémunérés, frais, commissions, etc ...

 

 - D'ailleurs, tu vois bien qu'ils ont fait récemment le principal de leurs bénéfices avec les comptes de particuliers. - Et qu'ils se sont tapés une sacrée bulle d'entropie financière ... ». Pour une fois qu'on rigole, même si c'est à nos dépens ...

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Lundi 26 mai 2008

« ... Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ... ».

 

Robert F. Kennedy, mars 1968.

 

J‘ai volé cette citation sur un blog de la Tribune de Genève ... 1968 était décidément une grande année ... sauf que Bob Kennedy y fut assassiné ...

 

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Lundi 26 mai 2008

DDR arrive pas très passionné : « - Encore du boulot de soutier aujourd'hui ! - Il en faut ; on va s'intéresser à ce qui arrive à notre locomotive ... de la vie à la mort. - C'est si important que ça ? - Ce n'est pas le tout d'avoir fabriqué un bel objet utile, il faut le conserver en bon état. - C'est ce qu'on appelle la maintenance selon le jargon franco-américain.

 

 - On a encore le droit de dire l'entretien, mais d'abord, si notre locomotive était un prototype dont les essais ont conduit à des modifications pour la série, il va falloir la remettre à niveau pour conserver l'homogénéité des matériels. - Le retrofitting, pour te faire plaisir. - Ça suffit ! Ensuite, inspections et graissages quotidiens. - C'est le préventif. - Et si on l'oublie ?

 

 - Ça casse et on n'a plus qu'à réparer, on fait alors du curatif. - Même si on a bien surveillé le matériel il faut réaliser périodiquement de grands entretiens.  - Ça s'appelle un levage. - Merci de parler français, pour une fois ; en effet, on lève la machine afin de remplacer des pièces d'usure comme la suspension ou les articulations d'embiellage. - Tu oublies les pièces corrodées par l'eau ou le feu.

 

 - Tu as raison, principalement la chaudière, ce qui n'est pas un petit boulot. - Et c'est tout ? - On peut envisager de « reconstruire » notre locomotive. - C'est-à-dire que l'on conserve le châssis, les essieux, peut-être les roues ... tout le reste est neuf et plus performant. - Finalement, on a l'impression d'avoir fabriqué 48 tonnes de locomotive alors qu'on en aura travaillé plus du double.

 

 - Et maintenant, le recyclage. - Le dépeçage, tu veux dire : il va coûter cher en découpe au chalumeau, sans oublier le traitement de l'amiante qui se trouve sous l'enveloppe de la chaudière.  - On va quand même renvoyer 40 tonnes d'acier au haut fourneau. - Et on en aura bien semé autant le long des voies par usure et corrosion. - Tu as l'air de dire qu'on ne peut pas tout recycler.

 

 - C'est évident même si on oublie de le dire. - Tu as d'autres exemples ? - Un tout simple : on recycle les vieux pneus d'une manière un peu barbare en les brûlant dans les cimenteries, mais comment veux-tu récupérer tout ce qui a été usé sur les routes. - Ce serait l'entropie de la matière ? - C'est une image qui ne repose sur aucun théorème, mais sur la réalité.

 

 - J'ai pas mal espionné les armements US du temps de la guerre froide : lorsqu'on achète un hélicoptère, on acquiert en même temps autant de pièces détachées. - Si tu nous embarques dans le militaire, on n'a pas fini de parler de gaspillage. - Finalement, le recyclage, c'est bidon ! - Non, c'est nécessaire, mais ce n'est pas ce qui nous permettra d'éviter la pénurie de matériaux qui s'ajoute à celle de l'énergie. ». Et encore une journée raisonnable mais pas enthousiasmante !

 

* L'auteur ne peut être tenu responsable des révélations contenues dans ce billet, il ne fait que rapporter fidèlement les propos de DDR, le petit diablotin domestique rapporteur.

  

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Dimanche 25 mai 2008

« ... Le fait de puiser constamment dans les ressources naturelles n'est pas sans incidence sur l'histoire. Il est même, à long terme, l'évènement le plus important du destin de l'humanité. Par exemple, c'est en raison du caractère irrévocable de la dégradation entropique de la matière-énergie que les peuples originaires des steppes asiatiques, dont l'économie était fondée sur l'élevage du mouton, commencèrent leur grande migration au début du premier millénaire de notre ère. De même, la pression à laquelle étaient soumises les ressources naturelles a joué, sans aucun doute, un rôle dans d'autres migrations, y compris celle des Européens vers le Nouveau Monde. Il est possible que les efforts prodigieux pour atteindre la Lune correspondent aussi à l'espoir plus ou moins conscient de trouver accès à des sources nouvelles de basse entropie [*].

 

Nicholas Georgescu-Roegen - La Décroissance, Entropie-écologie-économie - Editions Ellébore - Sang de la Terre, 2006, Page 73.

 

La première édition de ce livre date de 1971, première traduction française en 1979 ; une édition un peu plus ancienne est disponible sur un site Internet québécois (213 pages, au prix où sont les cartouches d'encre, j'ai préféré acheter le livre).

 

Ouvrage un peu difficile mais comportant beaucoup de références. Jacques Attali, alors responsable de la collection « Economie en liberté » des PUF, refusa de le publier au début de 1979 ; l'illustrissime Polytechnicien polygraphe n'avait pas aimé ce qu'il considérait comme une concurrence à un de ses cosmotranscendantaux ouvrages (page 29) ... le livre dut alors être publié en Suisse sous le titre « Demain la décroissance ».

 

* Une source de basse entropie signifie (approximativement) qu'elle peut fournir beaucoup d'énergie.

 

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